La vie quotidienne en Belgique – Avril-Mai-Juin 1943

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Anvers : 5 avril 1943 

Les bombardements alliés sur le 3è Reich et sur les complexes industriels allemands en territoires occupés se poursuivent massivement.  Le 5 avril 1943, l’un d’eux vise l’usine Erla qui fabrique des Messerschmitt dans la région anversoise. Le vent est fort et la chasse allemande très agressive.  Les  bombes sont larguées de très haut (7 000 mètres). Plusieurs manquent leur cible et dévient sur Mortsel et sur une école. On déplore 936 victimes dont plus de 200 enfants. La propagande allemande ne se prive pas  de qualifier les Alliés de « terroristes ».

Place communale de Mortsel bombardée le 5 avril 1943 (© Heemkundige Kring Kontich)
Place communale de Mortsel bombardée le 5 avril 1943 (© Heemkundige Kring Kontich)

Boortmeerbeek : 19 avril 1943

Ce jour-là, un convoi quitte la caserne Dossin, pour une destination inconnue. Dans des wagons à bestiaux sont entassés 1631 Juifs. Soudain, à hauteur de Boortmeerbeek (Limbourg), trois résistants parviennent à forcer ce XXè convoi à s’arrêter. Plus de 200 déportés s’en échappent. Parmi eux, Simon Gronowski, 11 ans. Sa mère l’a « poussé » dehors lorsque la porte s’est ouverte et que le train a ralenti. Le gamin roule sur le talus et attend sa maman, qui ne le suivra pas parce qu’entretemps, les gardes allemands ont commencé à tirer et à pourchasser les évadés.  Youra (Georges) Livschitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau, les trois résistants, sont capturés. Le premier sera fusillé. Les deux autres survivront malgré leur détention à Sonnenburg et Sachsenhausen pour Jean, et à Buchenwald et Bergen-Belsen pour Robert. 

Quant à Simon Gronowski, il vient encore de témoigner, 80 ans plus tard, avec vigueur et optimisme ce 15 mai 2023, à Nassogne.

La culture sous l’occupation

Dès mai 1940, l’autorité allemande assimile la culture du pays occupé à un enjeu politique, un moyen de renforcer sa domination sur l’état.   Si les institutions culturelles conservent généralement leurs moyens de production, le régime de subvention varie, favorisant notamment l’opéra flamand à Anvers ainsi que l’ancien opéra français de Gand, qui devient un opéra flamand. Le répertoire des Théâtres royaux de Liège et de la Monnaie à Bruxelles est dominé par des œuvres légères, essentiellement françaises et italiennes. A Liège, se jouent des opérettes mais aussi des spectacles de music-hall ou de cirque.  Les activités se poursuivent également au Conservatoire royal de Belgique, où se donnent de nombreux concerts. Certaines salles sont régulièrement réquisitionnées par l’occupant, qui y organise des spectacles réservés à la Wehrmacht.

Pour démontrer la « supériorité de la race aryenne », les Allemands ne se privent pas de récupérer de grands noms comme Mozart, Beethoven, Wagner ou Bach en germanisant à outrance la programmation musicale.

Place Flagey Concert à Radio Bruxelles © Sonuma
Place Flagey, concert à Radio Bruxelles, radio contrôlée par les Nazis en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. À droite, le chef de l’orchestre Paul Douliez en uniforme de la Waffen SS ©Sonuma

Radio Bruxelles diffuse des programmes émaillés de commentaires antisémites, anti-communistes et pro-allemands. Pour échapper au travail obligatoire, Stan Brenders accepte de jouer pour l’occupant dans des salles et pour Deutschlandfunk; il produit aussi des arrangements de tubes allemands pour Telefunken. Parallèlement toutefois, il soutient clandestinement la résistance, ce qui lui vaudra un classement sans suite de son dossier après la libération.

Les cabarets sont soumis à la censure des œuvres d’artistes juifs et russes, ce qui ne les empêche pas d’allier compositions de jazz et zwanze.

Orchestre Stan Brenders, Saguet, Demany, Billen et Jo Magist © Cegesoma
Orchestre Stan Brenders, Saguet, Demany, Billen et Jo Magist © Cegesoma
Orchestre Stan Brenders. Saguet, Demany, Billen et Jo Magist.

René Magritte

Pour René Magritte, le surréalisme visait à créer confusion et panique pour tout remettre en question, mais « ces idiots de nazis y sont parvenus bien mieux que nous » écrira-t-il à André Breton. Face aux changements radicaux qu’entraîne l’occupation, le peintre belge estime devoir changer lui aussi son approche du surréalisme. C’est de cette réflexion que naîtront les œuvres dites de la « période Vache » (un style délibérément grossier avec une série de personnages grotesques) et celles de la période « en plein soleil » (où il s’inspire de la technique impressionniste d’Auguste Renoir). Le style « en plein soleil » se veut un antidote au côté obscur et sombre de la guerre, une ode à la beauté et à la joie.

René Magritte, La Cinquième Saison, 1943 ; Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique; © Charly Herscovici
René Magritte, La Cinquième Saison, 1943 ; Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique; © Charly Herscovici

Des Belges dans la Royal Navy

A la fin du mois de juillet 1940, quelque 350 marins belges se trouvent en Angleterre. Quelques mois plus tard, l’Amirauté britannique autorise plusieurs d’entre eux à servir dans la Royal Navy, avant que soit créée au sein de celle-ci une « Section belge », qui reçoit deux corvettes début 1942. Ces bâtiments et leurs équipages  sont considérés comme faisant partie de la Royal Navy et soumis à son règlement.  Ils participeront à des opérations dans l’Atlantique et les Caraïbes, au ravitaillement sur le front de l’Afrique du Nord et plus tard, au débarquement en Normandie. A partir de mai 1942 des dragueurs de mines avec un équipage belge opèrent notamment dans la Manche ainsi que dans les estuaires anglais et plus tard, dans l’estuaire de l’Escaut et le long des côtes belges et françaises.

Certains Belges arrivés en Angleterre deviennent nageurs de combats, d’autres servent dans l’aéronavale ou la marine marchande.

A noter que pas moins de 3000 Belges ont été combattants dans la marine marchande, à bord de navires de commerce disséminés à travers le monde ou participant à la bataille de l’Atlantique. Des pêcheurs belges (environ 1200) avaient également réussi à rejoindre l’Angleterre après la campagne des 18 jours et l’évacuation de Dunkerque. Eux aussi se sont distingués par diverses actions au service de la cause alliée.

Le Premier ministre Pierlot inspecte la Section belge de la Royal Navy le 21 juillet 1943 aux Wellington Barracks (Londres). Derrière le Premier ministre, le Lieutenant-General VAN STRIJDONCK DE BURKEL, Inspecteur général des forces belges au Royaume-Uni. ©Imperial War Museum
Le Premier ministre Pierlot inspecte la Section belge de la Royal Navy le 21 juillet 1943 aux Wellington Barracks (Londres). Derrière le Premier ministre, le Lieutenant-Général VAN STRIJDONCK DE BURKEL, Inspecteur général des forces belges au Royaume-Uni. ©Imperial War Museum

Katyn, 12 avril 1943 

Au printemps 1943, des soldats de la Wehrmacht découvrent 12 000 cadavres d’officiers polonais tués (par le NKVD au printemps 1940), d’une balle dans la nuque et entassés dans des fosses communes dans la forêt de Katyn (Smolensk).

Le document officiel de Lavrenti Beria, daté du 5 mars 1940, demandant à Joseph Staline l'autorisation d'exécuter les officiers polonais (source wikipedia).
Le document officiel de Lavrenti Beria, daté du 5 mars 1940, demandant à Joseph Staline l’autorisation d’exécuter les officiers polonais (source wikipedia).

Varsovie

Le 19 avril 1943, 850 soldats allemands pénètrent dans le ghetto de Varsovie pour le liquider. Mais barricadés dans des bunkers et des caves, 3000 résistants les attendent. Face aux chars et aux 2000 hommes appelés en renfort par le général SS Jürgen Stroop qui dirige l’opération, la plupart des Juifs du ghetto de Varsovie meurent dans les combats, se suicident ou sont fusillés sur place. Les autres seront déportés ; seuls quelques-uns parviendront à fuir par les égouts. Une fois l’insurrection matée, le ghetto est rasé.

Varsovie 1943. Les hommes du général Stroop longent des bâtiments en flammes durant la répression du soulèvement (source Yad Vashem).
Varsovie 1943. Les hommes du général Stroop longent des bâtiments en flammes durant la répression du soulèvement (source Yad Vashem).

Par Martine Jones – Publié dans le bulletin trimestriel Militaria Belgica Info N° 108 (Q2-2023) de la SRAMA – Société royale des Amis du Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire – www.sramakvvl.be

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