La vie quotidienne en Belgique – Juillet-Août-Septembre 1943

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Dégâts « collatéraux »

Début juillet, l’aviation anglaise lance plusieurs raids sur le réseau ferroviaire belge à l’ouest de Gand. Objectif : détruire des locomotives. Les cibles visées sont partiellement atteintes.

Début septembre, le 7 plus précisément, cent quatorze forteresses B-17 volant à 7 000 mètres d’altitude confondent la Plaine des Manœuvres à Bruxelles avec la cible de leur mission : le champ d’aviation d’Evere, où se trouvent les ateliers de réparation des chasseurs et bombardiers allemands. Une partie des bombes détruit la gare d’Etterbeek et endommage lourdement les casernes le long de l’avenue de la Couronne, ainsi que de nombreuses habitations à Ixelles (avenue E. de Béco, rue H. Marichal, rue J. Wytsman, avenue des Saisons, boulevard Général Jacques, etc.). Deux trams sont soufflés et l’école Saint-Philippe Neri (chaussée de Boondael) est dévastée.

Le bombardement n’a duré que 30 secondes mais il a fait des centaines de victimes dont 342 civils et 27 prisonniers de guerre enfermés dans les caves des casernes.

Points d’impact à Etterbeek-Ixelles du bombardement allié du 7 septembre 1943

Points d’impact à Etterbeek-Ixelles du bombardement allié du 7 septembre 1943
Points d’impact à Etterbeek-Ixelles du bombardement allié du 7 septembre 1943

Collaboration et résistance

La propagande rexiste poursuit ses efforts, en dépit d’une opinion publique de plus en plus négative. Ainsi les Allemands et leurs séides tentent  d’embrigader les Wallons qui, disent-ils,  « grâce à leur sincérité révolutionnaire pourront finalement obtenir un statut qui permettra l’épanouissement de leurs qualités et la création de leur communauté populaire dans la dignité. »

Face aux collaborateurs, la résistance se développe. Les actes de sabotage se multiplient : déraillement de trains et dynamitage de l’écluse Billiet (qui provoque la mise hors service du canal Ath-Blaton durant 5 mois).

Sabotage
Sabotage

De plus en plus de jeunes Belges, réfractaires au travail obligatoire imposé par les Allemands, choisissent de disparaître dans les forêts ardennaises où des groupements et des particuliers viennent leur apporter les vivres nécessaires, dans la mesure de leurs possibilités, car les denrées se font rares. Et en cet été 1943, il y a notamment pénurie de légumes tant les prélèvements par les Allemands sont massifs et systématiques.

La résistance administrative n’est pas en reste.  Les Allemands veulent à tout prix supprimer notre ministère des Colonies : le Congo est dans leur ligne de mire. Devant le refus d’obtempérer des secrétaires généraux, le général Reeder déclare qu’il supprimera d’emblée cette administration d’ici le 28 juillet au plus tard, mais il rencontre une résistance acharnée à l’exécution de cette mesure.

Des nouvelles de l’étranger via la BBC

Pour les Belges, la radio de Londres est quasiment la seule manière de savoir ce qui se passe en dehors du pays. Ainsi constate-t-on aux heures d’émissions une hausse soudaine de la consommation d’électricité, qui retombe bien vite une fois les émissions terminées.

En juillet, c’est le débarquement des Anglais et des Américains en Sicile qui nous apporte courage et de réconfort. Débarqués en Sicile le 10, ils défont en 6 semaines les forces allemandes et italiennes de l’île, qui doivent rembarquer pour l’Italie. Après le bombardement de Rome, le 19 juillet, l’Italie capitule. Le gouvernement du maréchal Badoglio et les forces alliées, sous le commandement d’Eisenhower, concluent discrètement un armistice (dit de Cassibile, ou armistice du 8 septembre). Entretemps, le Duce qui avait été renversé par le Grand conseil fasciste et isolé au Gran Sasso, dans les Abruzzes, est évacué par un « coup de main » allemand le 12 septembre.

Soldats britanniques lors du débarquement en Sicile, 10 juillet 1943 (Wikipedia)
Soldats britanniques lors du débarquement en Sicile, 10 juillet 1943 (Wikipedia)

A Koursk, du 5 juillet au 23 août, se livre une phénoménale bataille de chars opposant les forces allemandes aux forces soviétiques. Elle a lieu entre Orel et Belgorod, dans le sud-ouest de la Russie, à la limite de l’Ukraine (dont les richesses – céréales, charbon et fer notamment – sont convoitées par les deux parties).  La dernière tentative du IIIème Reich de reprendre l’initiative sur le Front de l’Est se solde par un échec cinglant, en dépit des très lourdes pertes infligées à l’armée rouge.

Koursk 1943
Koursk 1943

Trois ans d’occupation

Depuis quelques mois, le climat d’insécurité et d’angoisse va croissant dans notre pays. Les contrôles aléatoires se multiplient, avec l’apparition de patrouilles composées d’une demi-douzaine de soldats armés qui escortent un Feldwebel. De nombreux passants sont arrêtés au hasard et fouillés de la tête aux pieds. Mains en l’air, poches retournées, sacoche vidée, fusils braqués sur les individus contrôlés.

Par ailleurs, à la suite des nombreux sabotages de voies ferrées, et des bombardements par la RAF de trains militaires transportant principalement des permissionnaires allemands entre la France et l’Allemagne, l’occupant oblige désormais des Belges – souvent des personnalités – à prendre place dans la voiture de tête  (proche de la locomotive). Il cherche ainsi à dissuader la résistance de poursuivre ses sabotages et faire en sorte que nos nationaux soient eux aussi les victimes d’éventuelles attaques aériennes alliées.

Après trois ans d’occupation, la très grande majorité de la population refuse fermement de collaborer et fait montre de dignité. Pas ou peu de signes d’asservissement ou de coopération. Le Belge préfère « ignorer » l’Allemand. Cette attitude est commune à toutes les strates sociales, même si l’on observe certaines nuances – les ouvriers ont tendance à se sentir davantage victimes de la guerre, par rapport aux bourgeois ou aux agriculteurs.

La guerre est loin d’être gagnée, mais la certitude d’une victoire alliée gagne sans cesse du terrain. Les Allemands doivent se battre sur plusieurs fronts et les contraintes accrues qu’ils imposent tous azimuts au pays occupé trahissent leur inquiétude et leur nervosité.

Les bombardements alliés sur des sites industriels allemands ne suffiront sans doute pas pour gagner la guerre mais ils sont relativement efficaces et réjouissent les Belges.

Raid sur Hannovre 1943 prise à 19000pieds avec la silouhette d'un Avro Lancaster ©IWM
Raid sur Hanovre 8 Octobre 1943 – photo prise à 19000 pieds avec la silhouette d’un Avro Lancaster ©IWM

Quant au sentiment des Belges à l’égard de l’étranger, il varie selon le pays visé. Nul doute que les Anglais recueillent un maximum de suffrages, même si on ne se fait pas d’illusions sur leur but premier : lutter pour leur hégémonie. Mais pour l’instant, cet objectif coïncide avec nos intérêts, à savoir recouvrer la liberté, et cela arrange tout le monde. A l’égard de la France,  le sentiment dominant en Belgique est celui d’une grande déception envers non seulement le gouvernement de Vichy mais aussi la population française, dont une large part est perçue comme soumise, surtout à Paris. A l’égard des Etats-Unis, le sentiment est mitigé, surtout après le bombardement ‘dévié’ au-dessus de Mortsel et celui du quartier des Casernes. On a aussi l’impression que les Américains se soucient plus, pour l’instant, de la lutte contre le Japon que de la libération de l’Europe. Envers la Russie enfin, une part non négligeable de la population belge se réjouit de la victoire des Russes à Stalingrad et à Koursk notamment, mais il ne faudrait pas qu’ils avancent trop loin.

Des Belges dans la RAF

RAF 350 (BELGIAN) squadron
RAF 350 (BELGIAN) squadron

Depuis juillet 1940, bien des Belges ont rallié l’Angleterre et souhaité rejoindre la RAF. A leur arrivée sur le sol britannique, ils sont d’abord versés à la Royal Air Force Voluntary Reserve. Ils y sont entraînés avant d’être affectés à une escadrille et participer aux opérations de guerre. Celles-ci sont nombreuses et variées : à côté des opérations de chasse et bombardement, il y a aussi la défense côtière, la reconnaissance photographique aérienne, le transport aérien et le sauvetage en mer des équipages abattus.  Plusieurs Belges ont également été affectés aux services météorologiques de la RAF en raison de leurs compétences particulières.  Deux escadrilles belges seront créées au sein de la RAF : le  No 350 Squadron, créé le 12 novembre 1941 sur la base aérienne de Valley et opérationnel à partir du 22 décembre 1941 ; et le  No 349 Squadron, constitué au Nigeria le 10 novembre 1942. Après avoir participé à de nombreuses batailles aériennes durant la seconde guerre mondiale, ces deux escadrilles seront incorporées à la Force aérienne belge en 1946 

Royal Air Force- 2nd Tactical Air Force, 1943 Supermarine Spitfire Mark IXCs of No.349 (Belgian) Squadron RAF ©IWM
Royal Air Force- 2nd Tactical Air Force, 1943 Supermarine Spitfire Mark IXCs of No.349 (Belgian) Squadron RAF ©IWM
No 350 ‘Belgian’ Squadron RAF Spitfire Mk V 1942-43

Par Martine Jones – Publié dans le bulletin trimestriel Militaria Belgica Info N° 109 (Q3-2023) de la SRAMA – Société royale des Amis du Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire – www.sramakvvl.be

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