Si la nouvelle du débarquement en Normandie est accueillie avec soulagement par la population belge, les rafles et les déportations se poursuivent. La guerre n’est pas finie et les réfractaires doivent redoubler de prudence. Les Allemands sont nerveux et, dans les rues des grandes villes principalement, ils procèdent à des arrestations souvent contraires aux instructions. Celles-ci ne visent « que » quatre types de personnes : les jeunes hommes de 20 à 24 ans considérés comme réfractaires, les personnes munies de fausses cartes d’identité, les ouvriers travaillant en Allemagne qui ont rompu leur contrat de travail, et les personnes qui ne peuvent fournir la preuve d’un emploi permanent. Le climat n’est donc pas à l’insouciance. Pendant ce temps, Leon Degrelle fait sa propagande et tente de « recruter » en Allemagne des déportés ou des prisonniers wallons qu’il promet de libérer… avant de les enrôler dans sa légion.
von Falkenhausen est limogé
Après la capitulation de la Belgique, Hitler avait nommé Alexander von Falkenhausen à la tête de l’administration militaire de la Belgique et du Nord de la France. Après avoir occupé cette fonction pendant quatre ans, le général est remercié le 19 juillet 1944. Pourquoi ce limogeage, brutal et sans un mot de reconnaissance de Berlin à l’égard de celui qui a quand même envoyé nombre de nos jeunes et de notre main-d’œuvre en Allemagne et couvert l’assassinat de nombreux otages belges ? Les raisons en demeurent mystérieuses.
Hitler remplace la Militärverwaltung par une Zivilverwaltung et nomme Josef Grohé (gauleiter de Cologne) Commissaire du Reich. Ce qui laisse toute latitude aux milices et aux groupes para-policiers au service de l’occupant pour lutter contre la résistance. Cela engendrera une quasi-guerre civile dans plusieurs régions du pays, notamment dans le Hainaut, aux alentours de Liège et dans le Limbourg.

Quelques jours plus tard, le 21 juillet est célébré mais la fête est entachée par un bombardement allié qui, la veille, a détruit une partie des Halles et de l’Eglise Notre-Dame de Courtrai.
Même si les Alliés sont désormais bien présents en France, la Belgique reste occupée et en proie à la violence. Tous les pays occupés d’Europe de l’Ouest subissent d’ailleurs des représailles collectives : exécutions, incendies de maisons, arrestations et déportations massives et arbitraires de civils sous prétexte d’une lutte contre la résistance.

Le dernier jour de juillet marque également le départ du dernier convoi (N° 26) de la caserne Dossin : 563 déportés, dont 187 seulement survivront.
Privations… encore et toujours
La délivrance a beau se profiler à l’horizon, les privations restent plus que jamais d’actualité, que ce soit au niveau de l’alimentation, du transport ou du logement.
Les trains, les gares et les voies ferrées sont de plus en plus visés par les bombardements – et les sabotages. Il devient donc très hasardeux d’utiliser ce moyen de locomotion. Le but est d’entraver au maximum l’envoi de renforts allemands sur le front occidental, confronté à l’avancée des Alliés.
Dans les villes, circuler en tram est devenu quasi impossible : le nombre de voitures en service a été drastiquement réduit vu l’absence de nombreux agents envoyés de force en Allemagne et les privilèges octroyés aux Allemands, qui peuvent se déplacer en tram gratuitement.
Quant aux logements, de nombreuses familles s’en voient privées du jour au lendemain pour diverses raisons : destruction à la suite de bombardements mais surtout, réquisition d’immeubles pour y installer tous les Allemands qui arrivent, généralement épuisés, de France et d’ailleurs. Ces réquisitions portent parfois sur des rues entières et obligent propriétaires et locataires à tout abandonner en quelques heures.

Climat de terreur et violence accrue
Le 17 août, Oswald Englebin, le bourgmestre rexiste de Charleroi ainsi que sa femme et son fils sont abattus par la résistance. Les représailles ne tardent pas. Elles seront sanglantes. Les rexistes se vengent en éliminant vingt-sept personnes et alors que les Allemands exécutent quelque vingt otages.

Dans la région d’Arlon, jusqu’à présent relativement épargnée, la Sipo-SD se déchaîne et abat vingt-et-un résistants.
Dans les environs de Ciney, les activités du maquis local exaspèrent l’autorité allemande au point que le commandement de l’Obersturmführer Strauch décide de quadriller la région avec une troupe d’un millier d’hommes composée de Feldgendarmes et d’agents de la Sipo-SD, des Gardes wallonnes, de SS Vlaanderen, de SS Wallonie et de la Wehrmacht. De nombreux présumés suspects sont arrêtés à Pessoux, Custinne et Jannée tandis que l’hôtel de ville de Ciney est incendié.
Au même moment, des militants et des personnalités d’Ordre Nouveau sont expédiés Outre-Rhin avec leurs familles.
Libération
Mi-août, un premier groupe de parachutistes SAS du lieutenant Renkin était arrivé dans les Ardennes et avait pris contact avec l’Armée Secrète. D’autres, dont celui du capitaine Blondeel, avaient suivi fin août. Début septembre, le général Jules Pire donne l’ordre à l’Armée Secrète de lancer les opérations de guérilla.
La libération des principales villes du pays – Bruxelles, Mons, Anvers, Charleroi, Namur, Liège- intervient rapidement entre le 2 et le 8 septembre. Avant la fin du mois, tout le pays (hormis les régions situées au nord du canal Albert) recouvre la liberté.
Le 8 septembre, c’est le retour du gouvernement belge de Londres, toujours avec Hubert Pierlot à sa tête.

Le 20 septembre, suite à la vacance de pouvoir laissée par la déportation du roi Léopold III en Allemagne, le prince Charles prête serment comme Régent de Belgique.
Le 26 septembre, Hubert Pierlot parvient à former un gouvernement d’union nationale, incluant notamment deux ministres communistes et un ministre « résistant ».
Un arrêté ministériel reconnaît l’Armée de la Libération, l’Armée secrète, le Front de l’indépendance (comprenant l’Armée belge des Partisans et les Milices patriotiques), le groupe G, le groupe Nola, le Mouvement national belge, l’Organisation militaire belge de Résistance et la Witte Brigade comme groupements de résistance (armée).
Entretemps, le général britannique George Erskine est arrivé à Bruxelles et exerce dans notre pays « l’autorité suprême dans la mesure requise par les nécessités militaires » au nom du Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (SHAEF). Vu la carence provisoire d’autorités légales belges, il se fait aider notamment par un certain nombre de résistants à qui sont confiées des tâches de surveillance des camps d’internement ou des camps de prisonniers allemands.
A l’étranger
Allemagne
. 21 juillet : exécution de Claus von Stauffenberg suite à l’attentat manqué contre Hitler
France
Le 21 juillet, 10 000 soldats allemands attaquent les 4000 résistants du maquis du Vercors. Près de 650 maquisards et plus de 200 civils sont assassinés
Mi-août, une armée américaine et une armée française débarquent sur les côtes de Provence.
Paris est libéré le 25 août.
Italie
Florence est libérée le 19 août
Pologne
Début de l’insurrection de Varsovie le 1er août. La résistance polonaise défie l’occupant allemand mais la Wehrmacht et les SS répriment ce soulèvement en 63 jours. Environ 200 000 personnes, principalement des civils, y perdent la vie et Varsovie est largement détruite.
Royaume-Uni
Les premiers V2 tombent sur Londres le 8 septembre.

Pacifique
Les Américains prennent l’île de Guam le 10 août, mettant Tokyo à portée de leurs bombardiers lourds.
La Croix-Rouge de Belgique
Après quatre années d’occupation, le directeur de la Croix-Rouge de Belgique communique quelques chiffres qui en disent long sur les prestations de cet organisme dans notre pays. Depuis le 28 mai 1940, la Croix-Rouge de Belgique a dirigé quelque 160 hôpitaux qui ont pris en charge pas moins de 25 000 blessés (civils et militaires. Son service de recensement a établi des constats pour chaque blessé civil, soit au total 30 000 cas. En ce qui concerne la préparation et l’expédition de colis, la Croix-Rouge en a expédié quelque 300 000 par mois, en plus des innombrables livres, jeux, et objets divers envoyés aux prisonniers belges. Enfin, plus de 921 000 tonnes de marchandises reçues d’organismes internationaux ont été distribuées à leurs destinataires par la Croix-Rouge, qui a par ailleurs assuré la transmission de 620 000 lettres. Des chiffres impressionnants qui attestent le rôle important joué par cet organisme dans le soutien moral aux familles dispersées par la guerre.
Par Martine Jones – Publié dans le bulletin trimestriel Militaria Belgica Info N° 113 (Q3-2024) de la SRAMA – Société royale des Amis du Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire – www.sramakvvl.be
