La vie quotidienne en Belgique – Octobre-Novembre-Décembre 1944

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Progressivement, dans le courant de l’automne 1944, le territoire de la Belgique est libéré.

Mais ce n’est pas pour autant que tout rentre dans l’ordre rapidement. Au contraire, une période difficile s’installe, marquée notamment par des problèmes de ravitaillement, des pénuries de gaz, de charbon et d’électricité, des coupures de téléphone, avec pour conséquence des grèves. Le marché noir prolifère et les restrictions monétaires décidées par C. Gutt provoquent un mécontentement grandissant, même si le Belge savoure la liberté retrouvée et le fait de pouvoir loger et rentrer chez soi sans crainte d’être arrêté.

Rationnement à Bruxelles, 1944 (Source Web - Granger)
Rationnement à Bruxelles, 1944 (Source Web – Granger)

Sur le plan politique, la situation est pour le moins compliquée. En novembre, dans les rues de Bruxelles, agitations et troubles se multiplient.

La guerre n’est pas finie et l’Allemagne s’acharne encore sur notre pays en lui envoyant ses fameuses bombes volantes qui font de lourds dégâts et de nombreuses victimes non seulement dans la capitale mais aussi à Liège et surtout à Anvers.

A l’approche de la fin de l’année, alors que les Belges se réjouissent de pouvoir enfin fêter un Noël en toute liberté, l’inquiétude renaît suite à l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.  Le 16 décembre, Adolf Hitler lance l’opération « Wacht am Rhein » (Garde au Rhin), pour tenter de diviser les troupes alliées et avancer sur Anvers en reprenant les ponts sur la Meuse. Au moment de l’attaque, les forces allemandes dont la 6ème division Panzer SS, la 5ème division blindée et la 7ème armée lancent une offensive surprise, profitant de conditions météorologiques défavorables aux forces aériennes alliées.

Mais les alliés résistent et contre-attaquent dès que le temps s’éclaircit et leur permet de déployer leur puissance aérienne.

La Bataille des Ardennes marque l’effondrement des troupes allemandes et le début de l’invasion de l’Allemagne par les forces alliées en 1945. Particulièrement meurtrière, cette bataille a eu lieu du 16 décembre 1944 au 25 janvier 1945 et fut l’une des plus sanglantes du théâtre de guerre européen.

La bataille des Ardennes - l'enfer blanc vécu par les soldats de la Easy Company (Source RTBF)
La bataille des Ardennes – l’enfer blanc vécu par les soldats de la Easy Company (Source RTBF)

Nous avons choisi de clore cette « Chronique des Belges sous l’occupation » en développant deux thèmes particuliers. L’un assez standard :  la réouverture de l’Université Libre de Bruxelles. L’autre plus insolite : le résumé d’un projet de rapport général sur l’administration militaire allemande de la Belgique.

L’ULB rouvre ses portes

Quelques jours à peine après la libération de Bruxelles, le conseil d’administration de l’ULB tient sa première réunion depuis la fermeture de l’institution, en novembre 1941. Les membres présents rendent hommage aux disparus et aux résistants dont les listes seront établies au cours des mois suivants. Ils abordent également la question d’éventuelles sanctions disciplinaires envers des membres du corps enseignant et du personnel ayant manifesté quelque sympathie pour l’occupant. Cette délicate question sera à l’ordre du jour de plusieurs séances ultérieures et se soldera généralement par un non-lieu ou des peines assez légères.

La réouverture de l’ULB aurait pu offrir l’opportunité de revoir fondamentalement les structures pédagogiques de l’institution mais finalement, il n’en fut rien. Cette refonte aurait été basée sur « Les entretiens de Huy », un rapport volumineux établi par des membres du conseil, des enseignants et des étudiants durant leur incarcération à Huy entre décembre 1941 et mars 1942. Ils en avaient « profité » pour étudier toutes sortes de réformes potentielles allant des méthodes d’enseignement et des examens au statut des professeurs en passant par le recrutement, la bibliothèque, le patrimoine, ou encore les programmes des facultés.

Mais en septembre 1944, le conseil estima qu’il avait fort à faire pour relancer au plus vite l’enseignement selon les principes existants – une tâche phénoménale en soi.

La réouverture officielle des cours eut lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le jour de la Saint Verhaegen, le 20 novembre 1944. Les cours proprement dits reprirent le 8 janvier 1945.

L’administration militaire de la Belgique entre 1940 et 1944  

Le texte qui suit exprime les vues de l’occupant, telles que reproduites dans l’ouvrage « Les dossiers secrets de la police allemande en Belgique » (J.L. Charles et Ph. Dasnoy).

Il trace les grandes lignes d’un projet de rapport général (Abschlussbericht) de l’administration militaire (Militärverwaltung) sur le maintien de l’ordre, l’administration et la politique économique en Belgique (et dans le Nord de la France) entre 1940 et 1944. Il est identifié par son auteur, le Dr. Beyer, Militärverwaltung-Vicechef et chef de la section économique de l’administration militaire à partir du 1er mars 1943.  

  • Pour assurer la sécurité publique en Belgique, l’autorité d’occupation a fait appel à la Geheime Feldpolizei, la Feldgendarmerie et des formations allemandes de police auxiliaire – toutes placées sous l’autorité du chef de la Militärverwaltung. Le maintien de l’ordre était assuré par la Feldgendarmerie, dont le manque d’effectifs fut compensé par la création d’organismes de police auxiliaire incorporant des Allemands, ainsi que des Flamands et des Wallons « pouvant entrer en ligne de compte ».
  • Les principales organisations de police belge étaient la gendarmerie, les polices communales et divers corps de police dont la police judiciaire.
    • La gendarmerie belge fut privée de son caractère militaire par l’autorité occupante et rattachée au ministère de l’Intérieur.  Elle devint une « garde policière efficace ». Des officiers et des hommes « peu sûrs » de la gendarmerie furent remplacés par des « forces jeunes ouvertes à un esprit de rénovation ». 
    • Les rapports entre l’autorité occupante et la police communale furent plus compliqués car la politique de recrutement et le « comportement caractériel » de la cette police étaient fixés par le pouvoir exécutif communal. L’action de la police communale – que l’autorité allemande obligeait d’intervenir pour des infractions prévues uniquement par des décrets allemands – fut contrée par la justice belge qui, dans de nombreux cas, se refusa à reconnaître ces décrets allemands, menaçant alors la police communale de sanctions si elle respectait les directives allemandes. L’autorité d’occupation introduisit dans les polices communales des « forces jeunes ouvertes à la rénovation » et leur donna « une meilleure instruction ainsi qu’une nouvelle déontologie professionnelle », mais le résultat fut loin d’être parfait. Malgré cela « la police belge a rempli sa mission et a évité de frapper les forces d’occupation dans le dos ».
  • Malgré les efforts de la Militärverwaltung pour établir avec la Belgique des « bases supportables pour l’avenir », dès l’instant où les Belges eurent cessé de croire en la victoire allemande, « il n’y avait plus aucun espoir de collaboration durable ». Cela n’a pas empêché le maintien de « rapports corrects » avec les Belges, même lorsque l’avancée des alliés en Europe s’est confirmée. L’attitude apparemment clémente de la Militärverwaltung a souvent été critiquée en Allemagne, notamment dans les milieux proches du Reichsführer SS.
  • Une question cruciale tout au long de l’occupation fut celle de la « collaboration », cette notion présentant un sens différent en Belgique et en France. « En Belgique, une véritable collaboration ancrée dans des milieux économiques influents (…) n’a jamais pu être développée convenablement. » Sauf dans des secteurs particuliers comme l’industrie métallurgique où « on est arrivé à une coopération étendue, établie librement et de commun accord, les cercles économiques belges ont, en principe, eu une attitude de refus ».
  • En Belgique, la Militärverwaltung n’avait pas de « véritable gouvernement » à qui parler. Le Roi étant prisonnier, le parlement ayant été dissous et les ministres se trouvant en Angleterre, l’administration militaire allemande n’avait pour seuls interlocuteurs que les secrétaires généraux « cependant soumis à l’obligation de se conformer, dans les limites de leurs attributions, aux lois existantes » et donc, souvent réticents à se plier aux exigences allemandes.  « Là où l’opposition belge ne put être jugulée, le pouvoir d’occupation dut légiférer lui-même. » 
  • Parmi les problèmes récurrents que la Militärverwaltung dut traiter tout au long de l’occupation figurent la fixation des prix et des salaires. Au début de l’occupation, prix et salaires avaient été fixés par le Reich. Mais ce blocage des prix et salaires n’a pas pu être maintenu au fil du temps. Couplé au rationnement et au développement du marché noir, le problème resta épineux puisque le coût de la vie en général ne dépendait pas seulement des prix imposés mais aussi de la fluctuation des prix au marché noir. Quant aux salaires, l’administration militaire s’attacha essentiellement à les réglementer en fonction des prestations et de la durée du travail.

Ailleurs dans le monde durant l’automne 1944

A Varsovie, l’insurrection est écrasée par les Allemands le 2 octobre ; ils détruisent systématiquement la ville après avoir déporté la population.

Destruction de Varsovie, 1944 (Source Web)
Destruction de Varsovie, 1944 (Source Web)

En Allemagne, le maréchal Rommel, soupçonné d’avoir participé à l’attentat de Rastenburg, est contraint de se suicider.

Rommel, contraint au suicide (Source Web)
Rommel, contraint au suicide (Source Web)

Le 20 octobre, les Américains débarquent dans le golfe de Leyte (Philippines).

Ancré dans un fjord près de Tromsø (Norvège), le fameux cuirassé allemand Tirpitz  chavire sous les bombardements de la RAF le 12 novembre 1944.

Bombardement du Tirpitz par la RAF, 1944 (Source Web)
Bombardement du Tirpitz par la RAF, 1944 (Source Web)

Aux Etats-Unis Franklin D. Roosevelt est élu président pour la quatrième fois.

1944 - La quatrième campagne présidentielle de Roosevelt - affiche par James Montgomery Flagg
1944 – La quatrième campagne présidentielle de Roosevelt – affiche par James Montgomery Flagg

Par Martine Jones – Publié dans le bulletin trimestriel Militaria Belgica Info N° 114 (Q4-2024) de la SRAMA – Société royale des Amis du Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire – www.sramakvvl.be

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